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L’aile droite du triptyque de Jérôme Bosch « Le jardin des plaisirs », son œuvre majeure, intitulée « l’enfer », met en scène une douzaine d’instruments de musique de la Renaissance, qui, à l’exception de la cornemuse explicitement organique dans sa figuration, sont tous représentés avec une extrême précision et une foule de détails organologiques qui fait référence en matière de reconstitution d’instruments anciens. Très tôt, en raison de diverses expériences personnelles dans le domaine de la lutherie, je me suis intéressé avec une acuité toute particulière à cette œuvre.
De là est née une certaine fascination pour cette représentation infernale sur laquelle s’est peu à peu greffé un irrépressible besoin de « fouiller » l’univers sonore formidable qui s’impose à la contemplation de l’œuvre ; besoin d’autant plus impérieux que, musicien spécialisé dans la musique du Moyen Age et de la Renaissance, jouant donc peu ou prou la plupart des instruments de cet enfer, je re-découvrais la musique électroacoustique (une passion d’adolescent) et commençais à pratiquer celle-ci en autodidacte, voici maintenant quelques cinq ou six ans.
Cet enfer pictural imaginé par Jérôme Bosch, sollicite dès le premier coup d’œil, l’oreille de celui qui l’examine et l’entraîne irrémédiablement dans une autre dimension, un autre monde, un monde sonore tout aussi saisissant, fait d’effroi, de fureur et de folie.
Comment, autrement que grâce au pouvoir d’évocation de la musique électroacoustique, parvenir à rendre compte d’une telle démesure ?
A l’instar de « Heu … » présenté au concours, j’ai imaginé pouvoir tirer de ces instruments comme unique matériau de départ, tous les sons nécessaires à l’élaboration d’une pièce d’une quinzaine de minutes environ, avec le secret espoir que cela puisse être aussi l’amorce, dans un deuxième temps, d’un travail plus important et qui cette fois concernerait la globalité du triptyque, à savoir les quatre éléments représentant La création du monde, Le paradis terrestre, Le jardin des plaisirs et L’enfer.
Le nouvel enjeu deviendrait donc : comment exprimer, avec un même matériau de base relativement restreint, instruments et voix, une gamme plus large de sentiments aussi éloignés les uns des autres que ceux éprouvés à l’observation des différents panneaux peints par Bosch dans son triptyque.
Cette idée, simple, contraignante et rassurante (peut-être aussi un peu paralysante !), de vouloir décliner à l’infini un matériau basique très resserré, a pratiquement toujours sous-tendue ma façon empirique d’aborder les quelques travaux de composition que j’ai pu effectuer jusqu’à présent.
De plus, grâce à l’apport du multicanal (que j’aimerais pour le coup expérimenter dans une pièce destinée à l’écoute pure), il me semblait pertinent de vouloir transporter « l’auditeur-spectateur » du triptyque - l’enfermer - au centre même de chacun, tour à tour, des différents éléments du tableau.
J’y vois là aussi, sans doute, un moyen de justifier mon envie de « sonoriser » Le jardin des plaisirs, en évitant de la sorte de paraphraser, bien inutilement, l’œuvre de Jérôme Bosch.
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